Métrique en Ligne
a voyelle stable
er voyelle ambigüe
e "e" masculin
e "e" féminin
e "e" élidé
e "e" ignoré
e "e" écarté
12 longueur métrique
6-6 mètre
ROS_1/ROS55
Edmond ROSTAND
LES MUSARDISES
1887-1893
III
LA MAISON DES PYRÉNÉES
XX
LE CONTREBANDIER
Ayant longtemps suivile sentier de montagne, 6+6 a
Distrait, j'avais gagnéla frontière d'Espagne, 6+6 a
Et j'avais pris, au bout du pont, 8 b
La place bien souvent,près du troupeau qui broute, 6+6 c
5 J'écoute ce que ditle douanier, et j'écoute 6+6 c
Ce que le muletier répond. 8 b
Toujours la même scèneingénument éclate : 6+6 a
Le petit gabelougalonné d'écarlate, 6+6 a
Avec un sourire, entendu, 8 b
10 Écoute le récitque l'autre lui rabâche, 6+6 c
Puis va vers la charrette,et, sous un cuir de bâche. 6+6 c
Trouve le flacon défendu. 8 b
Ce jour-là, c'était l'heure s'enflamment les vitres. 6+6 a
Le grillon, dont l'amourfait chanter les élytres, 6+6 a
15 Avec le grillon alternait 8 b
Comme un berger d'églogueavec un autre alterne. 6+6 c
Déjà le voiturierallumait sa lanterne. 6+6 c
Tout le soir sentait le genêt. 8 b
Parfois, de ces gaonspassaient qui, sans rien dire, 6+6 a
20 Glabres, la cigaretteau coin de leur sourire, 6+6 a
Vont à pas souples et prudents ; 8 b
De ces filles riaient,si brunes, sous les branches, 6+6 c
Que, dans l'ombre, on ne peutvoir que deux choses blanches : 6+6 c
Leurs espadrilles et leurs dents. 8 b
25 Et j'apeus venirun vieillard maigre et brusque, 6+6 a
Un de ces paysansdont le regard s'embusque 6+6 a
Sous un béret qui se rabat. 8 b
Feignant de ramasserdes pompons de platane, 6+6 c
Il trottinait, courbé,derrière un petit âne 6+6 c
30 Qui portait un sac sur son bât. 8 b
L'âne disparaissaitsous le grand sac champêtre. 6+6 a
Au moment le vieuxallait passer peut-être, 6+6 a
Inoffensif et toussotant, 8 b
Le douanier n'ayant euvers lui qu'un regard vague, 6+6 c
35 L'âne fit un écart.Et soudain une dague 6+6 c
Tomba sur le sol en tintant. 8 b
Une très vieille dagueespagnole. — Et puis, comme 6+6 a
L'âne faisait, malgréles efforts du pauvre homme, 6+6 a
Des bonds de poulain andalou, 8 b
40 On vit un ancien casqueen forme d'astrolabe 6+6 c
Et deux longs éperonsde style presque arabe 6+6 c
Tomber aux pieds du gabelou. 8 b
Et comme l'âne, émupar ces nouveaux vacarmes, 6+6 a
Ruait, — chaque ruadeéparpilla des armes ! 6+6 a
45 Et, tout le sac s'ouvrant dans l'air, 8 b
Ce fut, pendant qu'au bruitaccouraient des marmailles, 6+6 c
Un envol de rivets,de tassettes, de mailles, 6+6 c
Un feu d'artifice de fer ! 8 b
Quoi ! c'étaient, dans ce sac,sous une avoine fourbe, 6+6 a
50 Des armes que cachaitce vieillard qui se courbe 6+6 a
Et craintivement s'amoindrit ? 8 b
Prépare-t-on la guerreau fond de la vallée ? 6+6 c
Ou bien veut-on passerune armure volée 6+6 c
À l'Armeria de Madrid ? 8 b
55 Quelle armure est-ce làqui tombe et se bosselle ? 6+6 a
La courroie a souventfait place à la ficelle, 6+6 a
Les boucles n'ont plus d'ardillons. 8 b
Quelle est cette rapière ?Oh ! comme elle est usée ! 6+6 c
La coquille brimballeautour de la fusée ! 6+6 c
60 La garde est veuve de quillons ! 8 b
Une jambe de ferdont le genou se rouille 6+6 a
En rencontrant le rocun instant s'agenouille ; 6+6 a
Et, de ce fantastique sac, 8 b
On croit voir, sur le solrose de crépuscule, 6+6 c
65 Tomber un chevalierqui se désarticule 6+6 c
Avec un bruit de bric-à-brac ! 8 b
La rondache, roulantcomme un cerceau superbe, 6+6 a
S'échappe. Un ganteletcrispe ses doigts sur l'herbe 6+6 a
le rejoint un vieux houseau. 8 b
70 L'âne bondit toujours.Et cependant, à terre, 6+6 c
Une cuirasse a l'aird'un grand coléoptère 6+6 c
Vidé par le bec d'un oiseau. 8 b
Enfin, de ce ballotque chaque bond déballe 6+6 a
Jaillit un cuivre étrange,une vieille cymbale, 6+6 a
75 Une sorte d'astre échancré, 8 b
On ne sait quel plateaude balance fantasque, 6+6 c
Luisant, plat comme un plat,martelé comme un casque, 6+6 c
Fourbi comme un vase sacré ! 8 b
Et quand tout eut roulédevant lui, de l'air digne 6+6 a
80 Qu'on prend quand on observeà regret la consigne, 6+6 a
Le douanier recula d'un pas. 8 b
Puis — que pouvaient avoirde terrible ces armes 6+6 c
Qu'un vieillard ramassaiten les couvrant de larmes ? — 6+6 c
Puis il dit : « Ça ne passe pas ! » 8 b
85 Chacun aida lé vieux.Une fille d'auberge 6+6 a
Ramassa la rondache,un enfant la flamberge ; 6+6 a
Et, lorsque tout fut ramassé, 8 b
Le vieux, s'étant laissésur les bras tout remettre, 6+6 c
Car l'âne en bondissantavait fui loin du mtre, 6+6 c
90 S'éloigna, pesant et cassé. 8 b
Et le douanier s'en futboire avec une fille 6+6 a
L'anisette espagnole trempe une brindille 6+6 a
Qu'entoure du sucre candi. 8 b
Moi, je suivis le vieux.Il allait, le dos triste. 6+6 c
95 Bientôt, il se crut seulsous le ciel d'améthyste. 6+6 c
Et je vis qu'il avait grandi. 8 b
Oui, l'homme, maintenant,haussant sa silhouette, 6+6 a
Droit, — comme s'il savaitaussi bien qu'un poète 6+6 a
Que, lorsqu'on se retrouve seul, 8 b
100 Il n'est pas de fiertéque l'on ne récupère, — 6+6 c
N'avait plus l'aird'un paysanet d'un grand-père, 4+4+4 c
Mais d'un seigneur et d'un aïeul. 8 b
Le vent du sud soufflaitsa brûlante caresse. 6+6 a
Et je suivais ce vieuxen murmurant : « Serait-ce ?… » 6+6 a
105 Et, tout d'un coup, je dis : « Mais c'est !… » 8 b
Et me mis à courirà travers la campagne, 6+6 c
Pâle de voir que, plusil entrait en Espagne, 6+6 c
Plus le vieil homme grandissait. 8 b
Il jeta son béret,hocha sa tête grise ; 6+6 a
110 Puis, comme s'il avaitentendu dans la brise 6+6 a
Le nom que je n'avais pas dit, 8 b
Il posa sur le solses armes en silence, 6+6 c
Se coiffa fièrementdu plateau de balance, 6+6 c
Et, se retournant, m'attendit. 8 b
115 Nous étions seuls, tous deux,au milieu d'une lande. 6+6 a
Basse sur l'horizon,la lune était si grande 6+6 a
Que tout prenait un air sorcier. 8 b
Et le vieux, dépouillantsa cape paysanne, 6+6 c
M'apparut, sec, vêtud'une stricte basane, 6+6 c
120 Et jambe comme un échassier. 8 b
Alors, je reconnussa pauvre soubreveste, 6+6 a
La beauté de son front,la largeur de son geste, 6+6 a
Et la jeunesse de ses yeux. 8 b
Et je crus que j'allaistrouver des mots sans nombre : 6+6 c
125 Mais, tremblant, je ne pusque m'incliner dans l'ombre 6+6 c
En disant le nom de ce vieux ! 8 b
A son nom, il granditencor, mit sur sa lèvre 6+6 a
Un long doigt sarmenteuxqui grelottait de fièvre, 6+6 a
Sourit un peu de mon émoi, 8 b
130 Puis, avec le plus nobleet touchant savoir-vivre, 6+6 c
Il ôta gravementsa cymbale de cuivre, 6+6 c
Et me dit : « Eh bien ! oui, c'est moi. » 8 b
Je vis sa tête, avecl'auréole immortelle 6+6 a
Que lui font, en tournantsans cesse derrière elle, 6+6 a
135 Les ailes des moulins à vent ! 8 b
Mais : « Seigneur bachelier», prononça-t-il, tandis que, 6+6 c
Très digne, il remettaitsur sa tête le disque, 6+6 c
« Pardonnez à votre Servant 8 b
« Si la professionqu'il exerce l'oblige 6+6 a
140 A demeurer coifféd'un armet. Armet, dis-je, 6+6 a
Car je doute qu'un bachelier 8 b
— Le fût-il de Paris,qui vaut bien Salamanque ! — 6+6 c
Prenne un armet auquella mentonnière manque 6+6 c
Pour l'obscur bassin d'un barbier ! » 8 b
145 Il se tut un instant.Puis, parlant par saccades, 6+6 a
En ce langage lasierra mit ses cascades 6−6 a
Et l'Alhambra ses rossignols : 8 b
« Seigneur !… » et je renonceà traduire le flegme, 6+6 c
La morgue qui redonde,et le ton d'apophtegme, 6+6 c
150 Et les jeux de mots espagnols ; 8 b
« Seigneur ! mon œil vous scruteau moment qu'il vous toise : 6+6 a
Vous n'êtes pas bien grand,mais votre âme courtoise 6+6 a
Est de celles que nous aimons. 8 b
Eh bien ?… pré tendra-t-onencor que j'exagère 6+6 c
155 Quand je dis que je suisChevalier Errant ? — J'erre 6+6 c
Depuis soixante ans dans ces monts. 8 b
« Je les ai parcourusde la Rhune à Vénasque, 6+6 a
Des pays catalansjusqu'à ce pays basque 6+6 a
Dont les pommiers sont pleins de gui. 8 b
160 Là, j'ai des Douze Pairsvu les douze ombres tristes, 6+6 c
Et j'ai causé, du tempsdes batailles carlistes, 6+6 c
Avec Zumalacarrégui. 8 b
« Fredonnant le vieil airdes Rois de Pampelune, 6+6 a
Buvant le lait de chèvreet le rayon de lune 6+6 a
165 Au creux de l'âme et de la main, 8 b
Dormant contre la meule l'on plante une perche, 6+6 c
J'erre, j'erre, Seigneur,dans ces monts je cherche 6+6 c
Un passage, un col, un chemin ! 8 b
« Je voudrais les franchir.Car la brise m'apporte 6+6 a
170 Je ne sais quelle odeurde conscience morte 6+6 a
Que n'aimerait pas Amadis. 8 b
Moi qui ne vieillis pas,je sens vieillir l'Europe. 6+6 c
Je devine combiens'épaissit et sirope 6+6 c
Le sang latin, si clair jadis ! 8 b
175 « Oui, ce morne géantqu'il faut tuer, ce terne 6+6 a
Caraculiambrode l'époque moderne, 6+6 a
L'Égoïsme, père d'Ennui, 8 b
Fait régner sur le mondeune nuit si grognonne 6+6 c
Que les coiffes de laduègne Quintagnone 6−6 c
180 Sont moins noires que cette nuit ! 8 b
« Je veux franchir ces monts.Je veux, puisqu'il m'oublie. 6+6 a
Aller remettre un peule siècle à la folie ! 6+6 a
Il a besoin de me revoir 8 b
Et de reboire une eauqu'il n'a plus guère bue. 6+6 c
185 Ma lance doit piquerl'humanité fourbue 6+6 c
Pour la pousser à l'abreuvoir ! 8 b
« Et quant aux vils ruisseaux l'on se désaltère, 6+6 a
Je dois, dans leur eau grise roule tant de terre 6+6 a
Qu'ils ne sont jamais lumineux, 8 b
190 Je dois, dans leur eau fade s'affaiblit la race, 6+6 c
Aller jeter un cloude ma vieille cuirasse 6+6 c
Pour les rendre ferrugineux ! 8 b
« En vérité, Seigneurbachelier de mon âme, 6+6 a
Je ne suis pas contentd'une Europe qui blâme 6+6 a
195 Les héroïsmes superflus. 8 b
Il est temps que j'y entre,et c'est à quoi je pense. 6+6 c
Mais on n'y peut entrerqu'en passant par la France, 6+6 c
Et la France ne m'aime plus ! 8 b
« Je ne dis pas celaparce qu'elle me raille. 6+6 a
200 Jadis, elle raillaittendrement ma ferraille. 6+6 a
Elle s'en méfie aujourd'hui. 8 b
Des gens, pour nous brouiller,veulent lui faire croire 6+6 c
Qu'un redresseur de tortsn'est qu'un chercheur de gloire 6+6 c
Dont le geste au gouffre conduit. 8 b
205 « Ah ! je voudrais sortird'Espagne, je me ronge, 6+6 a
Pour m'en aller rapprendreau vieux monde le songe, 6+6 a
L'oubli de soi, l'amour féal, 8 b
Et la façon dont onse fait des Dulcinées ! 6−6 c
Mais, hélas ! il y atoujours des Pyrénées 6+6 c
210 Pour les colporteurs d'ial ! 8 b
« Dès qu'elle me verraitj'aurais la France entière. 6+6 a
Et comme on le sait bien,on veille à la frontière ; 6+6 a
Et toujours, quand je veux sortir, 8 b
Quand, déguisé, baissantle front, je me dépêche, 6+6 c
215 La grande armure metrahit, que rien n'empêche 6−6 c
De briller ou de retentir ! 8 b
« C'est en vain qu'enlevantma chère carapace 6+6 a
Je la mets dans un sac,parfois, pour qu'elle passe, 6+6 a
Ou sous des branches de genêt : 8 b
220 De maudits enchanteurshabitant des guérites 6+6 c
Savent percer de l'œilles formes hypocrites, 6+6 c
Et toujours on la reconnt ! 8 b
« Je sais, vous me direzqu'on croit que je trafique. 6+6 a
Que j'exporte une armureancienne et magnifique 6+6 a
225 Sans la déclarer !… C'est ainsi 8 b
Que toujours, quand le Sortinjuste me querelle, 6+6 c
On veut me l'expliquerde façon naturelle. 6+6 c
Mais je ne suis pas fou. Merci ! 8 b
« Que n'ai-je, pour franchirla douane et sa baraque, 6+6 a
230 Le zèbre sur lequelchevauchait Muzaraque ! 6+6 a
J'aurais vite joué le tour. 8 b
Mais je n'ai qu'un ânon.Car Votre Grâce ignore… » 6+6 c
Il s'arrêta. Sa voixsoudain fut moins sonore. 6+6 c
«…Que Rossinante est mort, un jour ! 8 b
235 « Un jour, on me l'a pris.On m'a fait cette peine. 6+6 a
Et savez-vous la finque réservait leur haine 6+6 a
A la monture d'un héros ? 8 b
Elle qu'à voir la mortj'avais habituée, 6+6 c
Elle est morte les yeuxbandés ! — On l'a tuée 6+6 c
240 Dans une course de taureaux ! » 8 b
Une larme coulasur la Triste Figure. 6+6 a
« Voilà pourquoi, Seigneurbachelier, j'inaugure 6+6 a
Une chevalerie à pied, 8 b
Mais qui rendrait jalouxPalmerin d'Angleterre ; 6+6 c
245 Et Roland reviendraitqu'il mettrait pied à terre, 6+6 c
Vive Dieu ! pour me copier ! 8 b
« Jusqu'à ce que je puisseà travers ces montagnes 6+6 a
Passer pour aller faireen France des campagnes, 6+6 a
Je jure de ne plus m'asseoir. 8 b
250 Je n'ai plus d'autre but,d'ailleurs. Car Votre Grâce 6+6 c
Ne sait pas… » Et sa Voixsoudain devint plus basse. 6+6 c
« … Que Dulcinée est morte, un soir. 8 b
« Depuis qu'en son cercueilj'ai disposé sa robe, 6+6 a
Mon existence à moine vaut plus une arrobe 6+6 a
255 De raisin sec de Malaga ! 8 b
Mais il faut qu'un talonécraseur de couleuvre 6+6 c
Sonne aux chemins du monde.Il faut accomplir l'œuvre 6+6 c
Pour laquelle on vous délégua. 8 b
« Je dois rapprendre aux gensdes choses en grand nombre ! 6+6 a
260 Car vous ne savez pas…» Sa voix devint plus sombre. 6+6 a
«…Que Sancho vit encore. Il vit ! 8 b
Celui-là ne meurt pas.Et même il monte en grade. 6+6 c
J'eus tort d'aimer jadiscomme un bon camarade 6+6 c
Le gros homme qui me servit ! 8 b
265 « On l'a laissé passer,lui qui n'avait pas d'armes ! 6+6 a
Tandis que contre moila peur met ses gendarmes 6+6 a
Qu'elle voudrait qu'on centuplât ! 8 b
Et partout, à présent,le Pança sur le monde 6+6 c
A si soigneusementroulé sa panse ronde 6+6 c
270 Qu'à présent, partout, tout est plat ! 8 b
« Sancho règne ! Il raconteen farce mon histoire. 6+6 a
On l'acclame quand ilcrache dans l'écritoire 6−6 a
De Gid-Hamed-Ben-Engeli. 8 b
Sur ses genoux cagneuxla Beauté se dégrafe. 6+6 c
275 Il promulgue sa loi,qui n'a qu'un paragraphe : 6+6 c
« L'enthousiasme est aboli ! » 8 b
« On ne reconnt plusle drôle. Il a du linge. 6+6 a
Les ciseaux ont passédans sa barbe de singe. 6+6 a
Il se lave. On le décrassa. 8 b
280 Il soupe avec des roischez les femmes superbes. 6+6 c
Il fait des mots au lieude dire des proverbes. 6+6 c
Mais c'est toujours Sancho Pança ! 8 b
« Il amuse les gensassez vils pour permettre 6+6 a
Qu'il trahisse à la foisle grand Manchois son mtre, 6+6 a
285 Et son père le grand Manchot ! 8 b
Mais il tremble toujours,pendant qu'il les fait rire, 6+6 c
De me voir sur le seuilpartre pour lui dire : 6+6 c
« Taisez-vous. Vous êtes Sancho ! » 8 b
« Il le sait bien, qu'il l'est !C'est ce qui l'importune. 6+6 a
290 Car on profite mald'une bonne fortune 6+6 a
Quand on s'en étonne tout bas. 8 b
Il sait bien quelles sontles choses éternelles, 6+6 c
Et qu'on peut s'amuserà démoder les ailes : 6+6 c
Les pattes ne voleront pas ! 8 b
295 « Mais, hélas ! triste et longj'erre sur la colline ! 6+6 a
Triste comme une nuitsans bruit de mandoline 6+6 a
Et long comme un jour sans combat ! 8 b
Je ne peux pas allerinterrompre son règne ! 6+6 c
Et sans cesse je sens,à mon vieux cœur qui saigne, 6+6 c
300 Que quelque rêve au loin s'abat ! 8 b
« Je ne pourrais passerqu'en laissant mon armure ! 6+6 a
Mais ce serait faiblir,admettre une entamure. 6+6 a
Mon armure est comme mon nom. 8 b
Et j'en irais là-basprendre une autre, peut-être ? 6+6 c
305 Non, car je rougiraisde ne plus reconntre 6+6 c
La forme de mon ombre ! Non, 8 b
« Car à sa silhouetteon doit rester fidèle ! 6+6 a
La mienne me convientsi c'est à cause d'elle 6+6 a
Qu'à la sottise je déplus ! 8 b
310 Qui me dessineraitun bon harnois de guerre ? 6+6 c
Je n'ai pas confianceau gt de l'antiquaire, 6+6 c
Et Gustave Doré n'est plus ! 8 b
« Ah ! pour porter là-bastout l'attirail en fraude, 6+6 a
Il me faudrait un page,un complice qui rôde, 6+6 a
315 Par les rocs, le long des ruisseaux… 8 b
Veux-tu faire avec moi,fils, de la contrebande ? 6+6 c
Puisque pour la passermon armure est trop grande, 6+6 c
Nous la passerons par morceaux ! 8 b
« En un pareil combatla ruse est exemplaire ! 6+6 a
320 Il ne laisserait pas,Seigneur, de me déplaire 6+6 a
Que Votre Grâce me blâmât 8 b
D'oser requérir d'elleune souplesse adroite, 6+6 c
Car tout le monde saitque j'ai l'âme aussi droite 6+6 c
Qu'un fuseau de Guadarrama ! 8 b
325 « Ce n'est qu'un rôle obscurqu'ici je vous propose. 6+6 a
Mais, Seigneur, vous aurezà quelque grande cause 6+6 a
Peut-être un service rendu 8 b
Quand, passé par tronçonsque nul n'aura vu luire, 6+6 c
On verra tout d'un coup,là-bas, se reconstruire 6+6 c
330 Un paladin inattendu ! 8 b
» Si vous faites celapour la moustache blanche 6+6 a
Du Très IngénieuxHidalgo de la Manche, 6+6 a
Si vous me consacrez un peu 8 b
De cette jeune ardeurque le ciel vous octroie, 6+6 c
335 Je jure, bachelier,qu'avec bien plus de joie 6+6 c
Vous regarderez le ciel bleu ! 8 b
« Allons, donne ta main !A moi tu t'affilies ! 6+6 a
Quoi ? Tu ne sais, dis-tu,que chanter des folies 6+6 a
Et cueillir les fleurs du buisson ? 8 b
340 Chante, et cueille des fleursd'un air de nonchalance ! 6+6 c
On peut dans un bouquetpasser un fer de lance, 6+6 c
Un signal dans une chanson ! 8 b
« Voici l'heure ! La nuitpaillette sa basquine ! 6+6 a
Mes armes, qu'un refletd'étoiles damasquine, 6+6 a
345 Sont là, d'argent, d'or et d'airain ! 8 b
A quoi fais-tu passeraujourd'hui la frontière ? 6+6 c
Veux-tu le soleret ?Veux-tu la cubitière ? 6+6 c
Ou bien veux-tu le gorgerin ? » 8 b
Il ouvrait ses longs brasà l'immense envergure ! 6+6 a
350 J'hésitais… Mais je vissur la Triste Figure 6+6 a
Une telle déception 8 b
Que : « Perle de l'honneur !Miroir de la bravoure ! » 6+6 c
M'écriai-je, en prenantun air d'Estramadoure, 6+6 c
« A votre disposition ! » 8 b
355 — « Choisis donc !… » Un rayontoucha comme un doigt pâle 6+6 a
Le plateau de balanceou la vieille cymbale 6+6 a
Ou l'espèce d'astre échancré, 8 b
La chose qui luisaitsur le crâne fantasque, 6+6 c
L'objet plat comme un plat,martelé comme un casque, 6+6 c
360 Fourbi comme un vase sacré ! 8 b
Et je dis : « Par le corde Roland ! par la griffe 6+6 a
De Pantafilando !par le bonnet d'Alquife 6+6 a
Et par l'âme de Galaor ! 8 b
Je choisis — car la seuleillusion m'enivre, 6+6 c
365 Et l'objet qui de tousétait le plus en cuivre 6+6 c
Pour moi sera le plus en or ! — 8 b
« Je choisis, Chevalier,ce qui, de ton armure, 6+6 a
A soulevé le plusde rire et de murmure ! 6+6 a
C'est ton armet. Donne-le-moi ! 8 b
370 Puisque tu l'as couvertd'un ridicule immense, 6+6 c
Il convient que ce soitpar lui que je commence ! 6+6 c
Je n'ai pas peur. Et j'ai la foi. 8 b
« Je jure que cecin'est pas un plat à barbe ! 6+6 a
Donne ! » Et le long des rocstout fleuris de joubarbe 6+6 a
375 Dont parfois j'arrachais un brin, 8 b
Le soir même, furtif,et de ma veste brune 6+6 c
L'empêchant d'accrocherquelque rayon de lune, 6+6 c
J'emportais l'armet de Mambrin ! 8 b
Et depuis lors, dans l'ombre passe un vent morisque, 6+6 a
380 Intéressé par l'œuvre,égayé par le risque, 6+6 a
Je suis toujours sur le sentier ; 8 b
Je cueille des bouquets,je marche, je m'arrête, 6+6 c
Et je chanteEt je disque je suis un poète ; 6+6 c
Mais je suis un contrebandier. 8 b
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