Métrique en Ligne
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C = clitique
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F = "e" féminin
| = césure
MIK_1/MIK16
Éphraïm MIKHAËL
Œuvres
1884-1890
POÉSIE
La Dame En Deuil
À Camille Bloch.
La dame en deuil, parmi⎟ les glycines des treilles, 6+6 a
Erre languissamment⎟ dans les longues allées 6+6 b
Où des senteurs de fruits⎟ et de grappes foulées 6+6 b
Flottent en l’air vibrant⎟ d’une rumeur d’abeilles. 6+6 a
5 Ses mains blondes avec⎟ une lente indolence 6+6 a
Saccagent en passant⎟ des lys et des verveines, 6+6 b
Et chaque fois qu’au loin⎟ sonnent les heures vaines 6+6 b
Ses grands chiens familiers⎟ hurlent dans le silence. 6+6 a
Par les grilles, là-bas,⎟ à travers les champs calmes 6+6 a
10 Elle regarde fuir⎟ la route grise et plate, 6+6 b
Et voici que paraît⎟ en manteau d’écarlate 6+6 b
Un cavalier portant⎟ des roses et des palmes. 6+6 a
« Viens, ô dame en deuil,⎟ vers les vallons 5+4 a
De joie et de paix ;⎟ allons ensemble 5+4 b
15 Cueillir aux jardins⎟ des Avallons 5+4 a
La fleur en exil⎟ qui te ressemble. 5+4 b
« Viens, à mon baiser⎟ qui t’implorait 5+4 a
Des lèvres de reine⎟ étaient amères : 5+4 b
Pour venir à toi,⎟ dans la forêt 5+4 a
20 J’ai tué la Guivre⎟ et les Chimères. 5+4 b
« Viens ! Dans des pays⎟ blonds de soleil, 5+4 a
Nous nous aimerons⎟ sur l’or des grèves… 5+4 b
Notre amour sera⎟ comme un sommeil 5+4 a
Où nous deviendrons⎟ nos propres rêves. » 5+4 b
25 Elle, le regard plein⎟ de clémences souffrantes, 6+6 a
Tend son bras vers la plaine⎟ heureuse et monotone : 6+6 b
« Cavalier, tes chansons⎟ d’amour sont enivrantes 6+6 a
Et splendides ainsi⎟ que les raisins d’automne. 6+6 b
« Mais ton âme aurait peur⎟ dans mon âme nocturne. 6+6 a
30 Ô cavalier, je ne⎟ suis pas celle qu’on aime. 6−6 b
Va-t’en ! je veux rester⎟ la veuve taciturne 6+6 a
De mes rêves d’antan⎟ que j’ai tués moi-même. 6+6 b
« Ton amour sombrerait⎟ en mon cœur vaste et vide, 6+6 a
Vaisseau royal perdu⎟ parmi les mers profondes ; 6+6 b
35 J’ai pris les clairs bonheurs⎟ avec ma main avide 6+6 a
Et maintenant je sais⎟ la vanité des mondes. » 6+6 b
L’air glorieux frémit⎟ d’un rhythme de cantique 6+6 a
Et dans le jardin clos,⎟ riche de fleurs hautaines, 6+6 b
C’est un moine souillé⎟ de la cendre mystique 6+6 a
40 Qui parle, l’œil ardent⎟ d’espérances certaines : 6+6 b
« Puisque tu veux fuir⎟ le mauvais bruit 5+4 a
Du bonheur charnel⎟ et de la vie, 5+4 b
Que les beaux vergers⎟ n’ont pas de fruit 5+4 a
Pour calmer ta soif⎟ inassouvie, 5+4 b
45 « Partons ! sous le ciel⎟ des durs étés 5+4 a
Viens t’agenouiller⎟ en Galilée. 5+4 b
Nous engloutirons⎟ tes sens domptés 5+4 a
Dans une prière⎟ immaculée. 5+4 b
« Les hommes impurs⎟ sont engourdis 5+4 a
50 Dans le long hiver⎟ des jours prospères. 5+4 b
Viens ! nous monterons⎟ en paradis 5+4 a
Par d’âpres sentiers⎟ pleins de vipères. » 5+4 b
Regardant en ses mains⎟ pâlir des fleurs blessées 6+6 a
Elle répond : « C’est vrai,⎟ ces demeures sont viles ; 6+6 b
55 Je suis si lasse de⎟ la chair et des pensées. 6−6 a
Pourtant je n’ose pas⎟ m’enfuir aux saintes villes. 6+6 b
« Mon cœur frivole a peur⎟ de tes graves paroles 6+6 a
Et j’aurai froid sur la⎟ route de délivrance. 6−6 b
Je veux vivre parmi⎟ mes mondaines corolles 6+6 a
60 Et m’endormir ; je suis⎟ malade d’espérance. 6+6 b
« Moine, si dans le sable⎟ infécond de mon âme 6+6 a
La Rose de miracle⎟ allait enfin éclore ? 6+6 b
L’horizon des matins⎟ semble rouge de flamme, 6+6 a
Si c’étaient mes péchés⎟ qui brûlent dans l’aurore ? » 6+6 b
65 Et seule encor la dame⎟ en deuil attend et songe, 6+6 a
Et les grands chiens, tandis⎟ que dans le vent frissonne 6+6 b
La caresse du vieil⎟ espoir et du mensonge, 6+6 a
Hurlent tous à la mort⎟ quand l’heure lourde sonne. 6+6 b
mètre profils métriques : 6−6, 5+4
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